Sotchi... Vue de mon fauteuil – Jeudi 13 février

Un matin, au printemps dernier, je me suis réveillé à Stockholm pour voir des centaines et des centaines de personnes vêtues d’un bonnet et d’une veste brodée transportant des petits sachets et des sacs, eux aussi brodés. Les gens avaient peut-être des sabots aux pieds, je ne suis pas certain. Ils étaient partout, dans les cafés, aux intersections, à bord des tramways.

Enfin, après m’être demandé si les (nombreuses) bières suédoises que j’avais consommées la veille avaient des effets secondaires psychédéliques, je me suis approché d’une femme à la carrure imposante pour me renseigner sur sa tenue vestimentaire. Affichant un large sourire, elle m’a expliqué que c’était le jour de la fête du Patrimoine en Norvège – un peu comme la Fête du Canada ici – et que la tradition voulait que les gens s’habillent comme les Norvégiens d’autrefois. Je lui ai souligné que nous étions à Stockholm et non à Oslo, mais elle m’a répondu : « C’est qu’il y a de nombreux Norvégiens ici. C’est comme notre deuxième chez-nous. »

Si les Norvégiens et les Suédois sont culturellement liés comme des paillettes cousues ensemble, cela vaut aussi pour la nature de leur hockey comme nous avons pu le constater dans le match Canada-Norvège aujourd’hui, le premier de ce que le hockey international appelle la « ronde préliminaire » (dans les faits, c’est plutôt « la ronde qui ne veut rien dire »). Équipe Canada a affronté à une sorte de petite Équipe Suède – Équipe Suède légère – dont le travail, l’effort et la défensive générale sont des indices probables – non, possibles – de ce qui l’attend lors des rondes à venir.

Comme les Suédois – et les Européens en général –, les joueurs ont formé une coquille résistante autour de leur gardien de but coriace et têtu; ils ont tiré la rondelle dans la zone adverse et travaillé avec opportunisme au lieu de foncer droit devant, ce qui correspond plus au style nord-américain. Les Norvégiens ont joué avec acharnement et ils sont plus ou moins parvenus à limiter les occasions de marquer des Canadiens. Certains considéreront ceci comme une domination subtile – si ce n’est une domination, une suffocation – de l’attaque du Canada, mais si l’on regarde cela à travers un prisme culturel, ce n’est peut-être pas une mauvaise chose.

Le match a permis au Canada de s’acclimater à l’Europe sans avoir à se mesurer aux Steen et aux Karlsson de la Scandinavie. C’était la couche de fond, un essai, ce qui n’est jamais une mauvaise chose dans un tournoi où le truc consiste à s’améliorer constamment dans le but de gagner quand il le faut.

Je me souviens que lors d’une entrevue avec l’ancien joueur des Maple Leafs, Darcy Tucker, au début des années 2000, j’avais remarqué comment, malgré une élimination rapide en séries éliminatoires, il semblait régner une certaine harmonie au sein de l’équipe (et ce, après des rumeurs de cabales et d’un vestiaire divisé). Je lui avais souligné que les joueurs semblaient coexister paisiblement et il m’avait alors dit « Ouais, un peu trop paisiblement ». Ce fut un commentaire révélateur, car, bien que la plupart des équipes voudraient toujours l’emporter 75-0, le fait de se faire brasser à l’occasion n’est pas la pire chose au monde.

Si le Canada avait battu la Norvège en faisant grimper le compte dans les deux chiffres, les entraîneurs en auraient appris moins qu’aujourd’hui. Puisque ce fut un match serré au cours des 40 premières minutes, ils ont eu l’occasion de bien évaluer leur équipe et les quelques désavantages numériques ont aussi été utiles, même celui au cours duquel le Canada a accordé un but important (qui a permis à la Norvège de réduire l’écart à un seul but).

Comme toujours, il y aura des partisans qui critiqueront le fait que le Canada n’a pas écrasé son adversaire plus faible, mais le hockey international n’est plus ce qu’il était – il s’est amélioré, et ce, grandement –, et même si les Américains seront certainement encouragés par leur domination des Slovaques – et que les Slovaques seront consternés –, il est important de souligner que les résultats serrés améliorent la concentration et la cohésion d’une équipe. Ceci n’est pas une excuse pour les tirs qui n’ont pas atteint la cible – ce qui s’est produit souvent – et pour les luttes perdues devant le filet – ceci s’est produit plus que souvent –, mais aux Olympiques, le cheminement est aussi important que le résultat. Le truc, c’est de pouvoir jumeler les deux : un parcours difficile menant à un trésor qui n’a pas de prix.  

Mais dans ce cas-ci, ignorez le résultat. Comme début, c’est moins mauvais que ce qu’un pays anxieux serait porté à croire.

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