ouellette arms up

Le début d’un nouveau chapitre

La quadruple médaillée d’or olympique Caroline Ouellette prend sa retraite de l’équipe nationale féminine du Canada après 20 saisons sur la scène internationale

par Chris Jurewicz

Caroline Ouellette ne connaissait pas un mot d’anglais à la fin des années 1990 lorsqu’elle a joué pour Équipe Canada pour la première fois avec la formation des moins de 22 ans.

Avec du recul, la Montréalaise d’origine se souvient du stress qui accompagnait non seulement le fait d’être une nouvelle venue au sein d’un programme national, mais aussi celui d’être dans un milieu principalement anglophone.

« J’avais de problèmes de confiance en moi au début, parce que je ne connaissais pas l’anglais quand je me suis jointe au programme », raconte Ouellette. « Je me souviens d’avoir pratiquement dû préparer chaque discours mot pour mot. Je devais traduire du français à l’anglais dans ma tête et mémoriser le tout. »

De nos jours, il serait difficile de trouver une joueuse qui parle – dans l’une ou l’autre des deux langues officielles du Canada – avec autant d’émotion et de passion, au point d’en donner des frissons.

ouellette captain

Ouellette, qui a disputé 220 matchs pour l’équipe nationale – surtout en tant qu’attaquante de puissance dominante, mais aussi comme défenseure – se retire à titre de joueuse avec des statistiques parmi les meilleures de l’histoire d’Équipe Canada et, surtout, en tant que l’une des plus grandes meneuses de l’équipe.

Ouellette, qui a inscrit 87 buts et 155 aides, pour un total de 242 points, est la seule athlète canadienne (tous sports confondus) à avoir participé à au moins quatre épreuves olympiques en carrière et à avoir remporté l’or chaque fois, montant sur la plus haute marche du podium en 2002, en 2006, en 2010 et, enfin, comme capitaine du Canada en 2014.

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Souvenirs olympiques

« Les Jeux olympiques de 2002 ont été mes premiers, à Salt Lake », se souvient Ouellette. « J’étais l’une des plus jeunes joueuses, et tout était nouveau et excitant pour moi. Cette année-là, nous avons fait face à beaucoup d’adversité, puisque nous avons perdu huit matchs consécutifs contre les États-Unis, et nos meneuses faisaient tout ce qu’elles pouvaient pour gérer cette situation. Je me souviens aussi que j’essayais juste de survivre au jour le jour pour faire partie de l’équipe olympique. »

Cette finale olympique est l’une des nombreuses batailles légendaires entre le Canada et les États-Unis auxquelles Ouellette a pris part, où cette fois le Canada a écopé de huit punitions consécutives lors des deux premières périodes, pour ensuite résister à une tentative de remontée des Américaines en troisième période et signer une victoire de 3-2. On n’oubliera pas de sitôt le but de la victoire, l’œuvre de Jayna Hefford, qui a longtemps évolué sur le même trio que Ouellette. Hefford a marqué en échappée avec moins d’une seconde à jouer en deuxième période.

Au fil des années suivantes, Ouellette a gagné en confiance. Elle devenait une joueuse plus percutante qui était utilisée dans un plus grand nombre de situations. Elle développait aussi ses qualités de meneuse, et elle attribue à Cassie Campbell-Pascall l’aide qu’elle a reçue à ce chapitre.

« Je me souviens de ce que disait Cassie sur le leadership », affirme Ouellette. « Elle disait que les meneuses doivent accepter d’être en désaccord, sans toutefois le montrer au reste de l’équipe. Que c’était bien d’avoir des opinions différentes, mais que nous devions rester unies en tant qu’équipe. Je me souviendrai toujours de cette phrase. »

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Quant aux Jeux olympiques de 2010, ils étaient spéciaux pour d’autres raisons. Ouellette se souvient de la grande fierté qu’éprouvaient les Canadiens à l’aréna, dans les rues et partout ailleurs pendant les Jeux de Vancouver, au Canada. « C’était incroyable à Vancouver », dit-elle.
« Je me souviens que je me promenais dans la ville et que tout le monde était en rouge et blanc. Je n’oublierai jamais le moment où j’ai sauté sur la patinoire pour la finale. Je n’avais jamais vu autant de chandails d’Équipe Canada de ma vie. »
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Les derniers Jeux olympiques de Ouellette ont été ceux de 2014 à Sotchi, en Russie. Cette aventure a comporté son propre lot de nouveaux défis pour Ouellette et ses coéquipières. Il y a eu des changements au sein du personnel d’entraîneurs et du groupe de meneuses pour le Canada, et Ouellette a été nommée capitaine à quelques jours du départ en vue du camp préparatoire avant les Jeux. Par ailleurs, Équipe Canada amorçait les Olympiques de 2014 en tant que négligée après s’être inclinée quatre fois de suite contre ses rivales plus tôt au cours de la saison.

Puis, il y a eu ce match extraordinaire pour la médaille d’or à Sotchi, une rencontre où les États-Unis ont eu une avance de 2-0 et ont frappé le poteau d’un filet désert alors qu’un but aurait mis fin aux espoirs du Canada, où Marie-Philip Poulin a inscrit un but égalisateur électrisant et, évidemment, où Poulin a continué de jouer les héroïnes en prolongation pour faire exploser de joie Équipe Canada et 36 millions de Canadiens.

« Ce moment était magique. Je me souviens que, lorsque la rondelle a touché le poteau, nous avions toutes l’impression que c’était notre destin de compléter la remontée, que nous allions y parvenir », exprime Ouellette. « C’est incroyable d’avoir participé à un match où tant de Canadiens peuvent se rappeler exactement où ils étaient et avec qui ils étaient quand nous avons gagné l’or. »

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Longévité

Alors, quel est son secret? Comment Ouellette a-t-elle pu jouer autant de matchs avec l’équipe nationale du Canada, participer à quatre Jeux olympiques et jouer un rôle déterminant pendant si longtemps? Ouellette fait partie de ces athlètes empreintes d’humilité qui donnent toujours le mérite aux autres. En ce qui concerne sa longévité, par exemple, elle se tourne vers France Saint-Louis, membre de l’équipe olympique du Canada en 1998.

« France a été une mentore importante pour moi au début de ma carrière. Elle m’a fait comprendre que faire partie d’Équipe Canada est une chose, mais que de jouer avec l’équipe nationale pendant longtemps était une tout autre histoire », déclare Ouellette. « France était un modèle incomparable. Elle était très disciplinée et en pleine forme. Elle est la même idole pour moi maintenant à l’âge adulte qu’elle l’était pour moi à l’époque. C’est une grande mentore dans ma vie. »

Ouellette mentionne également Melody Davidson, qui a été son entraîneure aux Jeux olympiques de 2002, de 2006 et de 2010. Maintenant elle-même entraîneure au hockey à l’Université Concordia et pour le programme national du Canada, Ouellette affirme avoir énormément appris de Mel Davidson.

« Elle nous a enseigné l’importance de vouloir jouer tous les jours, d’aimer le hockey tant dans les hauts que dans les bas. »

La partenaire de Ouellette, Julie Chu, que Ouellette a affrontée lors de trois Jeux olympiques, explique que ce sont sa volonté et son désir infatigables de s’améliorer qui ont permis à Ouellette de maintenir un si haut niveau de performance pendant si longtemps.

« C’était une compétitrice hors pair », dit Chu. « Peu importe si c’était un entraînement ou un match, elle détestait perdre. Et elle faisait toutes ses répétitions sans tricher et en donnant le meilleur d’elle-même. Quand tu fais ça, c’est comme ça que tu atteins l’excellence. C’est comme ça que tu t’améliores. Elle est un exemple à suivre en ce sens, elle ne ménage aucun effort. »

Ouellette et Chu ont récemment entamé un nouveau chapitre de leur vie avec la naissance de leur fille, Liv, le 5 novembre 2017. Selon Ouellette, la vie de parent ne se compare à rien.

« Je n’ai pas grandi dans un milieu où il y avait des bébés ou des enfants. Donc, j’étais un peu inquiète quand j’étais enceinte et je me demandais si j’allais savoir quoi faire, j’avais peur de ne pas être à la hauteur ou même de ne pas aimer être une mère », avoue Ouellette. « Puis, quand j’ai vu Liv pour la première fois, ce fut une véritable révélation. Je l’aime tellement. Elle me manque la nuit quand elle dort et j’ai hâte de la voir le matin. C’est le plus beau cadeau au monde. Et j’ai la chance de vivre cette expérience avec ma meilleure amie. »

Le hockey fait déjà partie de la vie de Liv. En fait, Ouellette était enceinte de Liv lors de la finale de la Coupe Clarkson 2017, lorsqu’elle, Chu et leurs coéquipières des Canadiennes de Montréal ont battu l’Inferno de Calgary par un pointage de 4-1.

« J’ai plaisanté avec les filles après que nous étions la seule équipe à gagner la Coupe Clarkson avec trop de joueuses sur la glace », dit Ouellette en riant.

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Entraînement de la relève

Entre son rôle de mère, son travail d’entraîneure pour les Stingers de Concordia, sa carrière de joueuse avec les Canadiennes et son poste au sein du programme national du Canada (Ouellette a fait partie du personnel d’entraîneurs pour le Championnat mondial féminin 2017 de l’IIHF), Ouellette n’aura pas vraiment le temps de regarder en arrière. Elle sait que jouer pour le Canada lui manquera. Elle mentionne d’ailleurs que Chu, Liv et elle ont regardé la finale aux Olympiques de 2018 ensemble et que Chu et elle s’ennuient toutes deux autant des beaux moments que des épreuves vécus en compagnie de coéquipières lorsqu’elles représentaient leurs pays. »

Mais Ouellette sait que le hockey est entre de bonnes mains. Le sport continue de s’améliorer, de s’accélérer et de gagner en robustesse, et la vedette canadienne est prête à laisser sa place à la prochaine génération de joueuses.

« J’ai eu la chance d’être entraîneure dans le programme d’Équipe Canada et je me souviens d’avoir dirigé Poulin et [Lauriane] Rougeau il y a quelques années avec les M18 », dit Ouellette. « J’ai été époustouflée par leur talent malgré leur âge. Les joueuses d’aujourd’hui commencent à jouer plus jeunes et elles ont un meilleur entraînement. Quand j’ai commencé, il n’y avait que quelques joueuses qui avaient un tir puissant. Maintenant, tout le monde peut décocher un bon tir, tout le monde est rapide et les matchs sont très robustes et intenses. »