100 yr gold winnipeg falcons
Un moment en or, présenté par Molson
Andrew Podnieks
|
26 avril 2020
© Le studio du hockey

REMARQUE : Ceci est un extrait du livre Canada’s Olympic Hockey History.

LES FALCONS DE WINNIPEG

Le Club de hockey Falcon a lancé ses activités en 1908 quand les clubs Viking et Athletic ont uni leurs forces, mais il a été dissous après seulement une saison. En 1912, Hebbie Axford, Bill Fridfinnson, John Davidson et Harvey Benson ont procédé à une réorganisation des Falcons avec un nouveau groupe de jeunes joueurs et ils ont remporté le titre de l’Independent Intermediate League à leur premier hiver de compétition.

L’année suivante, l’équipe a joint les rangs d’un circuit à trois équipes de meilleur niveau, celui de l’Independent Senior League, affrontant Portage la Prairie et Selkirk, pour éventuellement gagner le championnat à sa deuxième saison seulement. En 1915-1916, elle a joué en division II de la Patriotic League avec Winnipeg et les Vics. Tous les membres de l’équipe se sont ensuite enrôlés dans l’armée en 1916 et ont joué au hockey pour le 223e bataillon. À leur retour au pays, la troupe a triomphé au championnat de l’Ouest du Canada la même saison.

Un nombre impressionnant de cinq membres de l’équipe de 1912 ont aidé les Falcons en cette année olympique — soit Frank Fredrickson, Bobby et Harvey Benson, Wally Byron et Connie Johannesson (bien que Harry Benson n’ait pas fait le voyage à Anvers). Avec ce superbe noyau de joueurs, cette délégation principalement canado-islandaise a joué ensemble pendant quelques années, forgeant un lien en tant que coéquipiers sur la glace et en dehors et devenant l’une des meilleures équipes des débuts de l’histoire du hockey amateur canadien.

Au lieu de sélectionner une équipe des étoiles à la dernière minute, le Comité olympique canadien a pensé que le groupe de joueurs amateurs qui méritait le plus de représenter le Canada — et l’équipe qui avait le plus de chances de l’emporter — serait les champions en titre de la Coupe Allan, emblème du hockey amateur canadien. Pour accéder à la finale de la Coupe Allan, les Falcons ont lessivé les Maple Leafs de Fort William à Winnipeg au compte de 7-2 et de 9-1 avant de se diriger vers Toronto pour affronter l’équipe de l’Université de Toronto dans une série de deux matchs au total des buts pour la suprématie du hockey amateur canadien et le droit de se rendre en Belgique en tant qu’équipe nationale de hockey du Canada.

La troupe torontoise, qui croyait avoir les meilleurs hockeyeurs du pays, a dû faire face à du bon « hockey de l’Ouest » éreintant. Elle a subi une cuisante défaite de 8-3 le 28 mars avant de baisser pavillon 3-2 le soir d’après devant une foule stupéfaite à Toronto. Les Falcons étaient les champions de la Coupe Allan et avaient par le fait même leur billet pour la Belgique.

)
100 yr gold rink 1920
© IIHF Archives

LE VOYAGE

Lors des premiers Jeux olympiques, le simple fait de se rendre dans la ville hôte était une expérience importante de la participation olympique. Le coût total du voyage du Canada en direction d’Anvers était estimé à 10 000 $, une somme colossale qui était amassée à partir de reçus de la Coupe Allan et de généreux dons du gouvernement du Manitoba (2 000 $) et de la Ville de Winnipeg (500 $).

Après avoir gagné la Coupe Allan, les Falcons ont quitté Toronto pour se rendre à Ottawa, puis à Montréal, où ils ont été accuellis par William Northey, fiduciaire de la Coupe Allan, et des membres de l’équipe de l’Association athlétique amateur de Montréal (AAAM). Les Falcons sont arrivés à Saint John, Nouveau-Brunswick, le 3 avril, où, deux jours plus tard, ils sont montés à bord du SS Melita, un navire à vapeur, de la société Canadien Pacifique.

Le voyage d’une semaine vers Liverpool s’est déroulé sans histoire, si on exclut la fois où le capitaine Frank Fredrickson s’est cogné la tête en tombant de son lit. Pendant le trajet, le menuisier du navire a sculpté deux douzaines de bâtons de hockey à partir de bois « brut » que l’équipe avait obtenu à Montréal; ces bâtons ont été les seuls que les Falcons ont utilisés aux Jeux olympiques! À bord, les joueurs ont également fait la connaissance de quatre pilotes qui avait offert de transporter l’équipe bénévolement pour le dernier segment du voyage de Londres à Anvers. Cependant, la météo défavorable a saboté ce plan. L’équipe a donc poursuivi son chemin vers Anvers par bateau à partir de Douvres à destination d’Ostende.

LE HOCKEY AUX JEUX OLYMPIQUES

Le hockey est finalement devenu un événement des Jeux olympiques pour la première fois à ces Jeux d’été de 1920 pour deux raisons aussi importantes l’une que l’autre. (Les premiers Jeux olympiques d’hiver officiels ont eu lieu en 1924). D’abord, parce que pour la première fois, le Comité international olympique (CIO) a été en mesure d’obtenir la confirmation de la participation d’au moins cinq nations européennes — la Belgique, la France, la Suisse et la Suède, de même que la nouvelle Tchécoslovaquie (l’Allemagne et l’Autriche, en raison de leur implication dans la Première Guerre mondiale, n’étaient pas autorisées à participer à ces Jeux).

Et l’autre raison, c’était que les responsables de l’aréna, le Palais de Glace, refusaient que leur édifice serve à la présentation de compétitions de patinage artistique, à moins que des matchs de hockey y aient lieu! Puisque ces deux détails ont nécessité du temps avant d’être réglés, il a fallu attendre à la mi-janvier avant que les nations participantes (les cinq pays européens, le Canada et les États-Unis) ne soient informées de l’inclusion de l’événement aux Jeux olympiques.

100 yr gold falcons
© winnipegfalcons.com

RÈGLES DE JEU

Les règles pour les Jeux olympiques stipulaient l’utilisation de sept joueurs sur la glace (les six positions habituelles et un maraudeur) et les matchs étaient de deux périodes de 20 minutes séparées par un entracte de 10 minutes. Une égalité à l’issue de ce temps réglementaire nécessitait la tenue d’une prolongation jusqu’à ce qu’un gagnant soit déterminé. Aucun substitut n’était autorisé et si un joueur était blessé, un joueur de l’autre équipe devait être rappelé au banc pour poursuivre le match à égalité numérique. Une telle situation est survenue dans la deuxième moitié du match du Canada face à la Suède, quand Connie Johannesson a subi une blessure. Les deux équipes ont joué à six joueurs pendant qu’il récupérait à la suite d’un tir bloqué. Pendant ses cinq minutes d’absence, les Canadiens ont inscrit cinq buts.

Les règles de jeu du Canada ont été adoptées à ces Jeux olympiques, entièrement grâce à la force de persuasion de William Hewitt (le père de Foster), dont les connaissances au hockey lui ont amené un respect instantané de la communauté internationale du hockey. En fait, la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) a été tellement impressionnée par Hewitt qu’elle lui a fait l’honneur de lui permettre d’arbitrer le premier match de l’histoire du hockey olympique opposant la Suède à la Belgique.

Fait incroyable, il y avait quatre juges de buts, deux de chaque côté, un groupe de chronométreurs et un chronométreur des punitions qui prenait place dans le coin de la patinoire, séparé de ses collègues. Le succès de Hewitt en tant qu’arbitre pour son interprétation déterminée, mais posée des règles a été si important, que le CIO, lors de réunions qui ont eu lieu pendant les Jeux olympiques, a décidé d’adopter les règles de jeu canadiennes pour toutes les compétitions internationales à venir.

Hewitt a décrit les filets des buts du Palais de Glace d’Anvers comme davantage des « portes pliantes » que des filets comme ceux utilisés au Canada et, même si ces buts étaient peints en rouge traditionnel, ils étaient fixés dans la glace seulement par des petits clous. Les dimensions de la glace naturelle étaient minuscules en comparaison avec les normes canadiennes, d’une longueur de seulement 165 pieds par une largeur de 58 pieds et demi. L’aréna avait été évidemment conçu pour le patinage artistique et la danse sur glace, pas le hockey. Les bandes formées de panneaux et peintes en blanc produisaient des rebonds irréguliers. Durant les matchs, des filets installés autour de l’aréna protégeaient les partisans.

Fait intéressant, des chaises et des tables étaient disposées à une extrémité et d’un côté de la patinoire pour que les clients qui voulaient manger et boire en regardant l’action — et écouter l’orchestre qui jouait sans cesse du matin au soir — puissent le faire en tout confort (l’ancêtre des loges de luxe!).

Avant chaque partie du Canada, les hymnes nationaux des équipes participantes retentissaient et après la sirène de la fin, le Ô Canada jouait pour honorer l’équipe gagnante, alors que les spectateurs se tenaient debout en guise de respect.

LA VÉRITÉ À PROPOS DES ADVERSAIRES DU CANADA

Sur le plan vestimentaire, les joueurs d’Équipe Canada portaient des chandails noirs et jaunes avec une grosse feuille d’érable cousue à la hauteur de la poitrine. Ils étaient déconcertés par l’apparence de deux membres de l’équipe française, un qui avait une longue barbe noire et un autre qui était chauve et au début de la quarantaine!

Les Suédois sont arrivés au tournoi en étant plus habitués à une autre forme de hockey, soit le bandy, un sport qui se joue avec des bâtons courts comme au hockey sur gazon et une grosse balle de caoutchouc. Ils étaient emballés et déroutés par la balle (rondelle) « plate » canadienne. Le bandy se jouait sur la glace, mais les joueurs portaient des patins de vitesse et la surface de jeu était aussi large que celle d’un terrain de soccer. Ainsi, les Suédois étaient des patineurs élégants, mais ils avaient de la misère à freiner et à faire des départs comme les Canadiens et ils avaient encore moins d’expérience dans l’art de donner des mises en échec.

Aussi, ils étaient vêtus comme des joueurs de soccer, ne portant pratiquement aucun équipement protecteur pour le haut du corps, aucune jambière et des gants de hockey très rudimentaires. Le gardien de but portait ce que Hewitt décrivait comme un « mélange entre un tablier de forgeron et un blouson d’aviateur. » Le jeu de l’équipe suédoise s’est grandement amélioré lors des premiers jours à Anvers, principalement sa capacité à donner des mises en échec et à contrôler la rondelle, grâce à ses séances d’observation des Canadiens à l’entraînement. Cependant, quand le Canadien Mike Goodman a refusé de vendre ses patins aux Suédois après le tournoi (tous les Américains se sont fait un plaisir de réaliser un profit), ils ont pensé que Goodman avait un moteur intégré au tube de sa bottine ou quelque part dans sa lame! Un mois avant de mettre le cap sur l’Europe, Goodman avait en fait remporté le championnat nord-américain de patinage de vitesse.

Quant aux Tchécoslovaques, Hewitt ne les portait vraiment pas en haute estime. « Ils avancent sur leurs patins en faisant des mouvements maladroits, ils prennent des tirs du poignet et ils jouent uniquement de façon individuelle », a-t-il noté. Les Américains, avec tellement de Canadiens au sein de leur formation (voir plus bas), étaient clairement la seule autre équipe du tournoi à offrir de l’adversité.

100 yr gold falcons win
© winnipegfalcons.com

ADMISSIBILITÉ AUX JEUX OLYMPIQUES

Puisque c’était la première fois que le hockey était inclus à titre de compétition aux Jeux olympiques, un conflit est survenu, particulièrement entre les Canadiens et les Américains, à savoir quels joueurs seraient admissibles à porter les couleurs de quels pays. De façon plus précise, les Canadiens ont senti que les Américains ne jouaient pas franc-jeu quand ces derniers ont soumis une liste de joueurs qui comprenait pas moins de sept joueurs nés au Canada.

Cependant, le Comité olympique belge a confirmé que la liste était acceptable et a énoncé les règles d’admissibilité pour éclairer ceux qui pouvaient exprimer des doutes.

Admissibilité : Seuls les athlètes amateurs sont admissibles aux Jeux olympiques.

Conditions nécessaires pour représenter n’importe quel pays : Il faut être natif d’un pays ou un citoyen naturalisé de ce celui-ci ou de l’État souverain dont il fait partie.

Tout athlète qui a déjà participé aux Jeux olympiques en tant que citoyen d’un pays ne peut être admissible à n’importe quelle édition éventuelle des Jeux olympiques en tant que candidat d’un autre pays, même s’il a été naturalisé dans ce pays, sauf en cas de conquête ou de création d’un nouvel État ratifié en bonne et due dans le cadre d’un traité.

Dans un cas de naturalisation, la personne naturalisée doit fournir des preuves adéquates de son statut d’athlète amateur dans son pays d’origine au moment du changement de nationalité.

FORMAT DU TOURNOI

Le système d’élimination Bergvall était employé, soit un format à élimination simple entre les pays. Ces pays qui gagnaient leur premier match bataillaient pour la médaille d’or; et ceux qui perdaient contre l’équipe championne — le Canada — jouaient dans une autre série pour la médaille d’argent; et ceux qui perdaient contre les médaillés d’argent — les États-Unis — jouaient pour le bronze (la France, qui a eu la chance de gagner le tirage au sort, a eu droit à un laissez-passer en première ronde des éliminatoires, ce qui l’a menée directement en ronde de la médaille d’or. En d’autres mots, les matchs pour la médaille d’argent ne pouvaient avoir lieu avant que la médaille d’or soit gagnée, et les matchs pour le bronze ne pouvaient commencer tant que le gagnant de la médaille d’argent n’avait pas été déterminé.

Le Canada a démoli la Tchécoslovaquie 15-0 et la Suède 12-1; les États-Unis leur ont donné plus de trouble, mais les Canadiens l’ont emporté 2-0. Frank Fredrickson, qui est plus tard devenu un joueur étoile de la LNH, a été de loin le meilleur joueur sur la glace, inscrivant 12 buts en trois matchs pour le Canada dans son parcours vers l’or. Il a été admis au Temple de la renommée du hockey plus tard dans sa vie. Le seul autre joueur de cette équipe qui a atteint la LNH a été Slim Halderson, qui a joué brièvement à Toronto et à Detroit. Devant le filet, le gardien de but Wally Byron n’a pratiquement pas reçu de tirs contre les formations européennes, étant seulement mis à l’épreuve contre l’équipe américaine.

100 yr gold parade
© winnipegfalcons.com

LA FIN ET LE RETOUR

Le soir du 27 avril, au lendemain d’une conquête de la médaille d’or, les Falcons ont eu droit à une fête royale à titre d’invités des agents de service de Canadien Pacifique à Anvers. Deux soirs plus tard, les membres de l’équipe ont reçu leur médaille et après la cérémonie, Mike Goodman a démontré quelques-unes de ses prouesses sur patins lors d’un spectacle populaire donné par des athlètes de patin artistique. La foule a apprécié et en a redemandé encore et encore à Goodman.

Après le départ d’Anvers, les joueurs ont visité les champs de bataille de la Belgique et de la France avant de se diriger vers Paris, où le maire de Winnipeg, Waugh, les attendait pour un somptueux banquet préparé en leur honneur. Frank Fredrickson et l’entraîneur de l’équipe Gordon Sigurjonsson ont mis le cap sur l’Islande, tandis que les autres membres de l’équipe ont monté à bord du SS Grampian àLe Havre le 5 mai. Leur départ a été en quelque sorte un miracle puisque tous les marins et les débardeurs étaient en grève. Le Havre était sens dessus dessous et le SS Grampian était le seul navire à partir comme prévu.

Dix jours plus tard, les Falcons sont arrivés à Québec et se sont ensuite rendus directement à Montréal pour quitter vers Toronto le lendemain, où ils ont été honorés tout au long de la journée, d’abord à un dîner présenté par la Sportsmen's Patriotic Association.

Plus tard, ils ont été les invités de la Ville de Toronto au Royal York Hotel. Le maire Tommy Church a accueilli l’équipe les bras ouverts; il leur a remis des cadeaux, il a compté des histoires et il a diverti l’audience. Le shérif Paxton a remis à William Hewitt un monocle pour agrémenter l’allure formelle du secrétaire de l’équipe. Jack Slack a chanté quelques chansons, puis le maire Church a invité tout le monde à une soirée de boxe. Il leur a rappelé que le premier combat du gala commençait à 20 h 30 pile, et il se sont rendus au Arena Gardens (Mutual Street Arena).

Et évidemment, une dernière célébration attendait les membres de l’équipe dans leur ville. Ils sont arrivés à Winnipeg le 22 mai et ont eu droit à une immense parade au centre-ville qui les a menés au Wesley College, où ils ont reçu la Coupe Allan. Après les cérémonies, l’équipe a assisté à son dernier banquet de la saison au Fort Garry Hotel avec environ 400 invités de marque. Les champions du monde ont ensuite profité de l’été pour se reposer paisiblement.