TOUS ENSEMBLE de Janes : Manon Rhéaume

Vingt-huit ans après être devenue la première femme, et la seule à ce jour, à disputer un match dans la LNH, la double championne mondiale inspire une toute nouvelle génération de jeunes filles


par Katie Brickman

Manon Rhéaume est une pionnière du hockey et demeure une source d’inspiration pour les jeunes femmes.

La gardienne de Lac-Beauport, au Québec, a marqué l’histoire du hockey, devenant la première femme à jouer dans une grande ligue de sport professionnel nord-américaine lorsqu’elle a gardé les buts du Lightning de Tampa Bay pendant 20 minutes lors d’un match hors concours en septembre 1992.

Elle a aussi été la première fille devant le filet d’une équipe masculine au Tournoi international de hockey pee-wee de Québec, en 1984, et la première femme à jouer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, avec les Draveurs de Trois-Rivières, en 1991.

Rhéaume est tombée en amour avec le hockey lorsqu’elle était encore toute jeune, jouant sur les patinoires extérieures avec ses frères, dont Pascal, son cadet, qui allait plus tard disputer 318 matchs en carrière dans la LNH. Rhéaume a rapidement trouvé sa place devant le filet.

« Quand je voulais jouer avec mes frères, ils m’enfilaient l’équipement de gardien et s’exerçaient à tirer sur moi », raconte Rhéaume.

Elle se remémore la première fois qu’elle a eu la chance de jouer avec l’équipe d’un de ses frères, qui avait besoin d’un gardien pour un tournoi.

« Quand mon père est venu me reconduire la première fois pour garder les buts, il m’a mis le casque sur la tête avant même d’entrer dans l’aréna », dit-elle. « Il voulait éviter que je m’attire des critiques parce que j’étais une fille. Il voulait que les gars pensent que j’étais leur nouveau gardien. Après l’entraînement, quand ils ont constaté que j’étais une fille, il était trop tard pour revenir sur leurs paroles. »

Son jeu l’a menée jusque sur la scène internationale. Elle a remporté l’or au Championnat mondial féminin de l’IIHF en 1992 et en 1994, ainsi que l’argent aux Jeux olympiques d’hiver de 1998 avec l’équipe nationale féminine du Canada.

« C’était une expérience tout simplement incroyable. Faire partie de ce groupe et représenter mon pays, c’était grandiose », confie Rhéaume.

En 1992, Rhéaume a franchi l’obstacle ultime lorsqu’elle a endossé le numéro 33 pour prendre place devant le filet du Lightning à l’occasion d’un match hors concours de l’équipe d’expansion. Elle a effectué sept arrêts en une période contre les Blues de St. Louis.

« Je me souviens de la marche du vestiaire jusqu’à la patinoire », se rappelle Rhéaume. « Je n’ai jamais été aussi nerveuse de toute ma vie, je sentais mon cœur battre à tout rompre. Une fois sur la glace, la nervosité s’est estompée. J’en ai oublié la fébrilité entourant le fait d’être la première femme à le faire, je n’y pensais même plus. »

Malgré tout le battage médiatique qui a suivi la signature de son contrat et sa participation au match, Rhéaume défend sa décision.

« La seule chose dont les gens n’ont pas parlé, c’est que nous avions entamé le camp d’entraînement avec un petit tournoi. Je n’ai accordé aucun but lors de ma première présence sur la patinoire. J’étais la seule parmi les gardiens de but à avoir réussi cet exploit. Au terme du tournoi, je m’étais classée parmi les trois meilleurs au chapitre du pourcentage d’arrêts et de la moyenne de buts alloués », raconte-t-elle. « C’est grâce à ma performance au camp que j’ai mérité ma place dans ce match. Pas parce que j’étais une femme et qu’ils voulaient faire parler d’eux. »

Sa décision de jouer reposait aussi sur l’occasion de faire ses preuves et de jouer au plus haut niveau, chose qu’elle ne pouvait faire en grandissant.

« Bien des fois quand j’étais plus jeune, je n’ai pas pu atteindre les plus hauts niveaux parce qu’ils ne voulaient pas d’une fille dans l’équipe », explique-t-elle. « C’est moi qui ai voulu montrer ce que je pouvais faire. Je ne voulais pas avoir de regrets. »

Rhéaume a joué dans un autre match hors concours avec le Lightning en 1993, puis joué sporadiquement dans des ligues professionnelles mineures dans les années 1990, notamment à Atlanta, Knoxville, Nashville, Tallahassee, Las Vegas et Reno.

Aujourd’hui, le fait d’inspirer d’autres femmes à jouer au hockey incite Rhéaume à rester impliquée dans le sport.

Elle est aujourd’hui coordonnatrice des programmes de hockey féminin pour le club de hockey AAA Little Caesars et entraîneuse pour les M12 à Détroit. Elle aime voir les joueuses développer leurs habiletés tant sur la glace qu’à l’extérieur de la patinoire.

« Le sport en général est tellement important pour les jeunes filles. Parmi les personnes qui réussissent dans le monde des affaires et dans la vie, beaucoup sont des athlètes qui ont développé leur leadership, leur esprit d’équipe et leur confiance en elles en pratiquant un sport », dit-elle. « C’est la raison pour laquelle je m’implique auprès des jeunes au hockey. Je suis consciente de ce que le sport m’a apporté. J’ignore si, sans cela, j’aurais pu accomplir tout ce que j’ai fait dans ma vie après le hockey. »

Rhéaume constate l’évolution de son sport sur la scène internationale comme à l’échelle locale, mais aimerait qu’on accorde encore davantage de soutien aux meilleures joueuses pour leur permettre de participer à des compétitions toute l’année.

« Ce qui manque, selon moi, c’est une bonne ligue professionnelle, soutenue par la LNH et par USA Hockey, Hockey Canada et les autres pays », affirme-t-elle. « La seule façon de permettre aux équipes des autres pays d’être aussi fortes que les Canadiennes et les Américaines et de rivaliser avec celles-ci est de faire en sorte que leurs joueuses viennent jouer dans une ligue ici toute l’année. »

Voir la galerie de photos des joueuses honorées

Vidéos
Photos
CMJ 2022 : Trois masques, deux Équipes Canada
Voyez les masques uniques qui seront portés au Mondial junior.
CMJ : Plus qu’un simple masque
Les masques de TOUS ENSEMBLE de Janes alimenteront la conversation autour du hockey féminin.
ENF : Des souvenirs du passé avec Janes
Explorez les carrières de six joueuses célébrées par Janes.
FHC 2019 : Rêves devenus réalité à Thunder Bay
La Fondation Hockey Canada a établi un partenariat avec Hockey du Nord-Ouest de l’Ontario et PRO Kids pour permettre à 28 enfants de la région de Thunder Bay de sauter sur la glace grâce
Nouvelles récentes
Les plus populaires