1 mars 2013

Réflexions d'une recrue :
Un blogue sur le Championnat mondial de hockey sur glace féminin 2013 de l'IIHF

VENDREDI 1ER MARS : C’EST ICI QUE LA RONDELLE S’ARRÊTE!?

par Tracy Gagnon
photos par Ian Hunter

Vous êtes-vous déjà demandé ce que ça pouvait faire d’être frappé durement par une rondelle de hockey?

Si vous jouez au hockey, vous le savez probablement déjà. Mais si vous êtes une recrue, comme moi, et que vous avez observé un gardien être bombardé de puissants tirs, vous pourriez vous dire : « Ouf, ça doit faire mal ».

Je suis lâche de nature, je n’aime pas me faire frapper par des objets. D’un autre côté, je suis incroyablement curieuse à propos de tout. Comme pour un chat, la curiosité l’emporte toujours et je trouve toujours le moyen de me sortir de ma zone de confort, essayant quelque chose de fou seulement pour l’expérience.

Ainsi, je me suis récemment retrouvée à l’Ice House de l’Université Carleton à me faire frapper par des rondelles. Je devais tout simplement savoir ce que ça faisait.

Mais laissez-moi commencer par le début. J’ai communiqué avec une vieille amie, Shelley Coolidge, entraîneure-chef de l’équipe féminine des Ravens de l’Université Carleton, qui compétitionne dans le SIC (Sport interuniversitaire canadien) et elle m’a invitée à un entraînement. Voici comment ça s’est passé :

C’est maintenant le temps de mon expérience devant le filet et je suis excitée. Je me dirige vers la porte de l’Ice House, la peur au cœur. Je suis également excitée, mais je dois l’admettre, j’ai surtout peur. Dans quoi est-ce que je me suis embarquée encore.

Roger Dixon, employé à la réception de l’Ice House et mon premier point de contact, me donne mon premier conseil. « Fais face directement à la rondelle sinon ça va faire mal ». Il m’explique qu’en me croupissant dans le coin du but, ce que j’avais totalement l’intention de faire, je serais plus susceptible de recevoir la rondelle à des endroits non protégés, comme le côté du torse.

Mon plan de match de me la couler douce étant déjoué, je marche vaillamment dans le vestiaire et j’annonce : « Habillez-moi ». Les filles se précipitent pour me trouver un équipement de gardienne. Je marche et je saisis soigneusement un objet de la pile, comme si c'était un objet très toxique.

« Le soutien athlétique doit être enfilé en premier », lance quelqu’un.

« Quoi!? »

J’apprends deux choses en ce moment. Premièrement, que la grande fille à qui je parle se nomme Kelsey Evershed, joueuse d’avant des Ravens. Elle est une bonne marqueuse et elle s’apprête à me tirer des rondelles de hockey. Deuxièmement, le soutien athlétique est cette pièce d’équipement aussi utilisée par les garçons pour couvrir une partie sensible de notre anatomie.

Un soutien athlétique ressemble beaucoup à un short de vélo. Je le glisse par-dessus mes collants. Kelsey me montre ensuite comment mettre mon pantalon de hockey qui est accroché. Je commence à me sentir un peu idiote tandis que j’enfile le pantalon et que je passe les bretelles au-dessus de mes épaules. Il me fait penser à un short souple ou à un pantalon de clown. Je regarde mon corps bourgeonnant et je me sens énorme. Un peu comme le bonhomme Michelin.

« Prochaine étape, les patins », je suis émerveillée comme une fille de trois ans qui s’habille elle-même pour la première fois.

Je lui montre mes patins de hockey. « J’ai apporté les miens », dis-je fièrement. Pas de patins de patinage artistique pour cette fille!

Elle me dirige vers les patins de gardienne. Imaginez! Des patins seulement pour les gardiennes. Ils ressemblent à des patins ordinaires, excepté une pièce additionnelle de plastique autour des orteils. Elle dit que je serai mieux protégée devant le filet qu’avec mes patins. À quel point dois-je protéger mes pieds contre une rondelle en caoutchouc de toute façon?

Ensuite, je me souviens, je n’ai pas encore mis les grandes jambières. On met les patins avant les jambières? Comment ça fonctionnera? Kelsey est plus imposante que moi, alors je n’argumente pas.

J’attache des patins de gardienne empruntés, avec déjà assez d’équipement de hockey pour rendre ma situation inconfortable.

« Couches-toi sur tes jambières », lance Kelsey.

« Sur le plancher? », je me demande. Son regard me dit « Mais où sinon? »

Je réponds à sa demande et elle finit par attacher les patins aux jambières. Ensuite, elle fixe les jambières à mes jambes.

Je ne sais vraiment pas comment je vais faire pour me lever. Je m’agite comme un poisson, la bouche qui s’ouvre et se ferme, alors que je tente de retrouver ma respiration dans cette tentative de me lever. Je trouve une solution. Je me balance jusqu’à temps de saisir le banc derrière moi et de me tirer. Maintenant je suis prête pour sauter sur la glace!

Pas encore. Il y a aussi le plastron. Je comprends cet élément par intuition. Protéger « les filles » au maximum. Mais il s’agit d’un machin bizarre. C’est comme un chandail rembourré avec des trous sous les aisselles et des coudières. À moitié source de protection, à moitié objet de torture.

Et par-dessus tout. Le chandail des Ravens. Avec l’aide de Kelsey, je me faufile avec misère à l’intérieur du chandail et je me tiens là, avec le sentiment du devoir accompli, mais je ne me suis jamais aussi senti inconfortable. Mais attendez, il y a plus!

Cet état d’inconfort se poursuit alors que glisse ma tête (et mes lunettes) à l’intérieur du casque et que je place machinalement mes mains dans la mitaine et le bloqueur. Une demi-heure plus tard, j’amorce la procédure, je suis prête! Je me dandine jusqu’à la porte, place un bâton de hockey entre mes palmes et je me dirige vers la glace.

Kelsey me dit et je répète le mantra : « Si tu tombes, tombe vers l’avant. » Alors que je place soigneusement un pied sur la glace puis l’autre, je me tiens férocement sur la bande. L’équipe m’applaudit tandis que je me risque et que j’avance comme un robot vers le centre de la glace.

Kelsey a d’autres plans. Elle me déplace vers l’extrémité de la glace. « Là-bas? », me dis-je. J’utilise donc mon bâton comme béquille et j’avance en robot jusqu’à l’extrémité de la glace. Tombe en avant. Tombe en avant. Tombe en avant.

J’ai réussi! Je suis équipé. Je suis devant le filet. Je suis prête pour de l’action.

« Tu ne tiens pas bien ton bâton », dit Kelsey. Elle me montre avec patience comment tenir le bâton devant moi, la main qui le tient en avant, la main gauche prête à saisir la rondelle.

Elle s’éloigne de moi et me fait des petits tirs faciles pour que je puisse sentir la rondelle. Je sais que les gardiens font plusieurs mouvements aller-retour, mais je ne peux bouger mes pieds. Attraper la rondelle dans les airs avec la mitaine est, hélas, un rêve.

Ensuite, un homme que j’ai remarqué auparavant, qui parlait avec les filles à l’autre extrémité de la patinoire, patine vers moi. Kelsey me dit qu’il s’agit de Tom Dempsey, un entraîneur des gardiens de but. Super, je pourrai me servir de ses trucs.

« Oh, tu as enfilé tes jambières à l’envers. Si tu veux une bonne photo, il va falloir que tu les changes », dit-il.

Je ris. « Ce n’est que de la bonne comédie. » Une belle photo ou une blague gratuite? Qu’elles soient à l’envers ou pas, Gagnon va garder les jambières comme elles sont.

Il patine au loin, il n’a plus de conseils pour moi. J’imagine qu’il a reconnu qu’il n’y avait rien à faire avec moi.

Après quelques tirs, je lance à Kelsey : « C’est tout ce que tu as? »

« Ok », réplique-t-elle. « Es-tu prête pour un lancer frappé? »

« Vas-y! »

Son premier tir me frappe directement dans le ventre. Je l’ai senti un peu. Elle décoche un autre tir qui frappe ma jambe gauche. Aucun problème. Rien pour m’aider, je ris. C’est amusant!

Avec un autre tir, elle frappe encore mon ventre. Je le sens un peu plus. Ensuite, mes oreilles vibrent. Elle m’atteint directement dans le masque. Ça fait mal!

Kelsey s’excuse et me demande si je suis correcte. « Correcte! Veux-tu rire? Je suis ici pour ça. J’aime ça! »

Kelsey continue de me bombarder. Je continue de rire. Ensuite, mon photographe, Ian Hunter, m’indique qu’il doit partir parce que son temps au parcomètre est expiré.

Avec tristesse, je réalise que mon expérience devant le filet est terminée. Je pose pour Ian tandis que je sors de la patinoire de façon victorieuse et je me dirige vers le vestiaire pour retirer mon équipement de gardiennes. C’était si plaisant, mais je ne me fais pas d’illusion. L’équipe nationale féminine du Canada ne fera sûrement pas appel à mes services.

Tandis que je sors du vestiaire, je dis : « Merci les filles, c’était vraiment amusant et je vous promets de ne jamais faire d’essai avec les Ravens! »

Votre recrue du hockey,
Tracy

P.-S. Merci à Shelley Coolidge et à l’équipe féminine des Ravens de m’avoir donné accès à leur monde, même si ce n’était pas pour longtemps. Merci notamment à Kelsey Evershed de m’avoir épaulée durant cette expérience. Merci à Ian Hunter pour ses superbes photos.

 


À propos de Réflexions d’une recrue :
Tracy Gagnon est une bénévole du service des médias pour le Championnat mondial de hockey sur glace féminin 2013 de l’IIHF. Néophyte avouée, Tracy, avec l’aide d’autres bénévoles qui consacrent généreusement de leur énergie et de leur temps à faire de cet événement un succès, va nous amener dans les coulisses de l’aréna PBS à Ottawa, Ont., du Sportsplex de Nepean, et partout entre les deux, pour nous initier à tout ce qu’il faut pour accueillir un championnat mondial d’envergure dans la capitale nationale – tout cela, vu à travers les yeux d’une recrue.

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