Sotchi... Vue de mon fauteuil – Samedi 22 février

Finalement, ce fut un peu bizarre – pas de baril de poudre et très peu d’angoisse – et, au bout du compte, ce sont les partisans américains qui ont dû se demander pourquoi les États-Unis ont été incapables de marquer contre le Canada et non le contraire. Alors : 1-0 pour le rouge et blanc et un rendez-vous avec ses sosies de Sochi 2014, les Suédois.

Les deux formations se ressemblent surtout au niveau de leur défensive étanche et de leurs défenseurs mobiles et imposants. Contre les États-Unis, les amateurs bien assis dans leur fauteuil ont été surpris de voir quelqu’un comme Marc-Édouard « Pickles » Vlasic , un défenseur manifestement fiable qui ne quitte que très rarement son poste à la ligne bleue, foncer en zone américaine et suivre la rondelle derrière le filet. Mais ainsi vont les choses pour le Canada et ses opposants pour l’or : une attaque venant de l’arrière qui, jusqu’à présent, a donné lieu à des héros comme Drew Doughty et Eric Karlsson.

Forcément et à bon droit, les Jeux vont prendre fin avec un match de hockey, le sport d’équipe fétiche des Olympiques et un sport qui, grâce à Sidney Crosby, nous a fourni l’image la plus inoubliable du siècle : son protège-dent arraché, les gants dans les airs et les bras tout grands ouverts pour embrasser le plus de coéquipiers possible dans le coin illuminé de la Place Hockey du Canada.

Jusqu’à présent, le hockey masculin n’a pas réussi à nous procurer ce que les femmes nous ont offert – une remontée sportive qui définira toute une génération –, et il ne le fera peut-être pas. Après avoir observé le Canada, on a l’impression que l’intrigue théâtrale n’est pas vraiment son style. Il préfère plutôt ancrer son jeu sur l’efficience, l’efficacité et le calme. Pour créer une situation dramatique, il faut habituellement faire quelque chose d’inattendu et, à Sotchi, l’équipe masculine de hockey joue comme si elle savait d’avance ce qui allait se produire. Son jeu est aussi précis que l’horlogerie d’une montre de poche, mais vous ne pouvez le regarder que pendant un certain temps avant de réaliser que rien ne va céder. Son fonctionnement est parfait. Je me demande ce qui se produirait si la Suède devait prendre les devants dimanche et si elle est capable de fonctionner plus vite tout en conservant sa force habituelle qui évoque celle d’une machine.      

Au printemps dernier, au championnat mondial, j’ai vu la Suède – les Sedin et compagnie – affronter le Canada qui regroupait, entre autres, Hamhuis, Duchene, P.K. Subban, Claude Giroux et Steven Stamkos : une très bonne équipe. Le Canada ne s’est jamais approché de la victoire. Et les Suédois ont fait ce qu’ils font de mieux : ils ont pris le contrôle de la zone neutre, dominé dans les coins pendant les cycles offensifs et marqué à deux reprises en avantage numérique. À leurs deux buts provenant de la pointe, on aurait dit que la rondelle « avait des yeux ». Mais peu importe, un « V » est un « V », et la Suède a poursuivi son parcours pour remporter le championnat sans trop de difficulté.

Dire que le Canada a été frustré et abasourdi est sous-estimer sa réaction au jeu modéré et étourdissant du Tre Konor. On aurait dit que le déroulement sans heurts du jeu de la Suède était presque un affront au Canada, habitué à foncer et à intimider ses adversaires avec la seule intensité de sa volonté ou de sa concentration. Au lieu de cela, les Suédois ont souri et effectué des passes. Puis, en moins de deux, le Canada rentrait chez lui.

Ce qui est différent – et brillant dans un certain sens – avec Équipe Canada 2014, c’est qu’elle n’est pas du tout préoccupée par l’endroit où elle joue : cette énorme surface glacée sur laquelle la plupart des Européens ont grandi. Au lieu de pourchasser un joueur, langue pendante, les Canadiens semblent heureux de laisser les équipes européennes – et les Américains – patiner droit vers leurs défenseurs qui, soit dit en passant, sont aussi solides qu’un tronc d’arbre et aussi gros qu’un saumon du Pacifique. De plus, ce groupe d’avants est « responsable » même si cela n’est pas le genre de qualité que l’on attribue aux légendes. Mais Scotty Bowman a déjà dit : « La vitesse d’une équipe, ce n’est pas seulement aller vers l’avant. La vitesse d’une équipe, c’est aussi se replier défensivement », et à cet égard, Équipe Canada est vite, très vite.
Dimanche matin, ce sera fascinant et un peu fou, comme le sont habituellement les matchs pour la médaille d’or. Et bien que les Suédois jouent bien ensemble et connaissent le jeu international mieux qui quiconque, on a l’impression que le Canada commence aussi à comprendre comment tout ça fonctionne.

Le match ne sera peut-être pas une bombe à retardement, mais mieux vaut programmer votre réveille-matin. 

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