Sotchi... Vue de mon fauteuil – Mercredi 19 février

Plus jamais.

Plus jamais.

Plus jamais, jamais.

À un moment donné en troisième période du match quart de finale entre le Canada et la Lettonie, ma femme s’est tournée vers moi alors que j’étais assis – non, grimpé – sur ma chaise devant le téléviseur et m’a dit : « Non, mais tu ne vas pas faire une crise cardiaque? », ce à quoi j’ai répondu sèchement : « Non ». Mais juste au cas où, j’ai placé ma main sur ma poitrine. Mon cœur battait comme le pied de Pan-Pan. Pendant la pause publicitaire suivante, je me suis servi un grand verre d’eau parce que j’ai entendu dire que c’est bon pour la santé. Deux mises au jeu plus tard, j’ai renversé le verre avec mon pied. L’eau est encore là, par terre, alors que je rédige cet article.    

Parce que les Canadiens amateurs de hockey – imprégnés de la culture du sport et de tous les niveaux du jeu depuis leur naissance – sont probablement les plus érudits de tous les groupes, nous étions tous conscients du possible scénario qui se déroulait devant nous : un adversaire inattendu dont le cœur avait grossi de cinq fois jouissant d’un gardien de but incroyablement chanceux – et incroyablement bon, si ce n’est que pour une journée – contre un géant surpris qui se réveille trop tard seulement pour s’apercevoir que sont garde-manger a été dévalisé, boîte de soupe après boîte de soupe. C’était comme lire un livre et se demander soudainement si on n’a pas déjà entendu la fin quelque part : Bélarus contre Suède en 2002, les États-Unis contre l’Union soviétique en 1980. Pendant de longs moments, ce fut une expérience terrifiante, nauséabonde et épuisante. « Tu ne fais pas une crise cardiaque n’est-ce pas? » Je ne sais pas ce qui serait arrivé si la Lettonie avait pris les devants. 

Mais elle ne l’a pas fait. Le bourgogne et blanc a continué de lutter, de bousculer, de patiner et de bloquer des tirs. Et son entraîneur – le remarquable, et très résilient Ted Nolan de Garden River, Ontario – a presque été responsable de la plus belle ruse de tous les temps par un entraîneur, une ruse qui a donné lieu au premier but de la Lettonie… étonnant. Un avant assis au bout du banc a sauté sur la glace pour un défenseur à l’autre bout du banc, et cet avant a surpris toute l’équipe canadienne en s’emparant d’une passe au centre de la glace pour foncer au filet et marquer. Hélas, la ruse n’a réussi qu’une fois (quoiqu’elle ait été tentée une seconde fois) et au bout du compte, le travail spectaculaire du choix au repêchage du Lightning, le gardien letton Kristers Gudlevskis, n’a pas suffi à créer le plus grand revirement de tous les temps. Lorsque la sirène s’est fait entendre, la douleur était dans leur cœur, pas le mien. 

Et maintenant? Maintenant, il y aura une demi-finale. Après le quart de finale, tous les Canadiens sous les cieux, le soleil et la lune se demandaient comment expliquer le fait que tant d’avants, qui sont d’habiles buteurs, aient marqué si peu de buts et ce qu’il va falloir pour qu’ils se mettent en branle. Mais, ça ne sera peut-être pas nécessaire, car au tournoi – du moins en ce qui concerne les matchs du Canada –, les matchs n’ont pas donné lieu à beaucoup de buts et, malgré la puissance offensive de l’équipe, ce sont des consignes comme « la défensive d’abord », « réduire l’écart » et « dominer le long de la bande » qui sont à la base du jeu canadien. Essayez de trouver une équipe qui a réussi à exercer une pression soutenue en zone canadienne. Cela s’est peut-être produit ici et là, mais c’est le cheval de bataille que le Canada a choisi de monter alors qu’il se prépare à son prochain match. Est-ce que la stratégie va fonctionner? C’est là une question à laquelle seul l’univers peut répondre.       

Si nous – ou d’autres comme nous qui ne sont pas Canadiens – envisageons la demi-finale de vendredi comme un duel entre le Grand Nord et le petit frère du Grand Nord, nous ne serions pas très loin de la réalité. Cependant, alors que les matchs entre le Canada et les États-Unis ont traditionnellement ressemblé à des batailles familiales sur le tapis du salon où les enfants se chamaillent, on a l’impression que cette fois-ci, les deux frères sont dans la trentaine, qu’ils ont une famille, un chien et deux autos dans l’entrée. Il n’y a pas beaucoup de différences entre les deux. Contrairement aux équipes européennes, il n’y aura pas de joueurs de la KHL ou de la Ligue élite suédoise (ou de gardiens nommés Kristers) que le Canada et les États-Unis devront apprendre à connaître. Les deux équipes se connaissent déjà et les amateurs des deux équipes empiètent paisiblement sur le territoire de l’autre. Un Canadien peut regarder Zach Parise et voir le fils d’une des vedettes d’Équipe Canada en 1972, Jean-Paul, et les Américains doivent se forcer à vouloir que Jonathan Toews, peut-être le plus grand capitaine de la meilleure équipe de la LNH basée aux États-Unis, échoue. Des colocataires se défieront l’un l’autre – Doughty c. Quick; Crosby c. Orpik/Martin – et tous les jeunes Américains qui ont grandi le long de la frontière – Kane, Kessel, Kesler – en admirant les Gretzky, Lemieux, Sakic et Yzerman tenteront de dérober les rêves de leurs compatriotes. Que se passe-t-il lorsqu’un miroir se reflète dans un miroir? Versez-vous un grand verre d’eau et essayez de répondre à celle-là.

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