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Le long parcours vers Sotchi
Steve Arsenault a dû surmonter une tragédie personnelle et une blessure pouvant compromettre sa carrière pour transformer son rêve paralympique en réalité
Jason La Rose
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14 mars 2014
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Représenter son pays aux Jeux paralympiques d’hiver constitue le point culminant de nombreuses années d’efforts, de centaines et de centaines d’heures d’entraînement et de sacrifices, toutes investies pour devenir le meilleur.

Ça signifie se tailler une occasion d’être sous les projecteurs de la plus grande scène sportive du monde.

Ça signifie aussi une chance de remporter la médaille d’or.

Pour Steve Arsenault, ça a signifié bien d’autres choses.

Lorsqu’Arsenault a patiné sur la glace avec l’équipe nationale sur luge du Canada à Sotchi, cela a marqué le plus important jalon d’une épopée de huit ans qui l’a amené de l’orée des Paralympiques à ne plus faire partie de l’équipe nationale, et d’y revenir.

Entre les Paralympiques de 2006 à Turin et les Jeux de 2014, Arsenault a vécu la période la plus sombre de sa vie personnelle et sportive, mais il a su émerger de cette épreuve une meilleure personne et un meilleur joueur.

Recrue de l’équipe nationale pour la saison 2005-2006, cet athlète originaire de Spruce Grove en Alberta a été l’un des derniers à être retranché de la formation de l’équipe paralympique, ce qui n’a qu’accentué son amertume lorsque le Canada a remporté sa toute première médaille d’or en Italie.

Motivé par cette rebuffade, Arsenault est revenu bien préparé pour le jeu à l’automne 2006 et a été choisi au sein d’Équipe Canada pour une deuxième saison consécutive, contribuant à l’équipe qui a remporté l’or au Défi mondial de hockey sur luge.

Il a connu une autre bonne saison en 2007-2008, mais c’est là toutefois que tout a chaviré.

« En août, juste avant les essais, on a diagnostiqué chez ma mère une tumeur au cerveau et elle a dû subir une intervention chirurgicale, » se souvient Arsenault. « L’intervention dans son ensemble s’est bien déroulée. Il y a bien eu quelques complications, mais nous étions certains qu’elle les surmonterait. Mais cette nuit-là, elle a fait un AVC. »

Jill Arsenault a dû être placée dans un coma artificiel dans le but d’essayer d’améliorer son état. La famille a été appelée à son chevet à plusieurs reprises au cours du mois suivant, mais à chacune de ces alertes Jill a su surmonter le pire, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus se battre.

« Nous avons reçu un autre appel à 4 heures du matin; elle venait de subir une crise cardiaque foudroyante, » raconte Arsenault au sujet du dernier jour de sa mère. « Ils l’ont déplacée de l’unité des soins intensifs de la neurologie vers la cardiologie de l’Université de l’Alberta. À ce moment-là, son cœur a cessé de battre pendant 25 minutes, puis, miraculeusement, ils ont réussi à réactiver son cœur. »

Avec Jill s’accrochant à la vie avec peine, et le souci du respect de ses vœux de ne pas être réanimée, la famille a décidé de ne pas maintenir artificiellement ses fonctions vitales.

Elle est décédée le 28 septembre 2008.

Avant d’être admise au centre hospitalier pour y subir son intervention chirurgicale, sachant que ses chances de survie étaient minces, Jill a rédigé à chacun des membres de sa famille une lettre à n’ouvrir qu’après son décès.

« Ces lettres revenaient sur des pans de vie », confie Arsenault, « mais dans celle qui m’était destinée, elle m’a confié son souhait le plus cher : que je mette les bouchées doubles pour me rendre aux Paralympiques de Vancouver. »

Malgré son absence au camp de sélection de l’équipe nationale, Arsenault a été ajouté à la formation, mais il n’a participé à aucun match, et à la suite de la saison 2008-2009, il a décidé que faire partie d’Équipe Canada n’était plus ce qu’il souhaitait.

« Je le regrette, car je sais à quel point j’aurais pu progresser, mais à ce moment-là, ça a été ma façon de vivre mon deuil, et si je n’avais pas vécu ma peine et ma tristesse, je me serais peut-être autodétruit, et je n’ose pas imaginer ce qui aurait pu se passer », dévoile Arsenault. « Avec ce que sais maintenant, je considère que je n’ai pas agi de la bonne façon. Je ne voulais tout simplement pas jouer au hockey à un niveau international à ce moment-là. Je voulais simplement être seul, et c’est le choix que j’ai fait. Malheureusement, ma mère, si elle pouvait me parler aujourd’hui, me frapperait probablement, parce que je n’ai pas pris la bonne décision. »

Arsenault a continué à jouer au hockey dans la catégorie des équipes de clubs avec l’Impact d’Edmonton, et a été un des coéquipiers de Matt Cook, qui a passé une saison avec l’équipe nationale sur luge du Canada en 2008-2009.

Cook est décédé en avril 2010 après une récidive de cancer; cette perte d’un ami, associée à la présence d’Équipe Canada aux Paralympiques de Vancouver de 2010 ont ravivé la passion d’Arsenault après deux années à l’écart du hockey international.

« La disparition de Matt a laissé place à une période propice à la réflexion; je crois qu’à ce moment-là je vivais aussi la peine de la perte de ma mère, car j’avais interrompu ce deuil depuis deux ans. Cette réflexion m’a donc servi de motivation après Vancouver – événement qui m’a aussi nourri – sachant que je pourrais faire partie de cette équipe. »

Arsenault est retourné au gymnase, a perdu presque 12 kilos, a été invité au camp de sélection de Petawawa en Ontario en septembre 2010 et a repris sa place au sein de la formation d’Équipe Canada.

Mais quelques mois après son retour, avec un moral à 100 %, c’est son corps qui n’a pas tenu le coup.

« Alors que nous étions au Japon, j’ai subi une blessure à l’épaule », précise Arsenault. « Je n’y pas fait plus attention que ça, parce que ça ne me dérangeait pas trop. Je peux être assez entêté, j’ai donc ignoré ce qui se passait, en me disant que le repos guérirait tout çà. »

Mais plus il jouait, plus la situation s’aggravait, au point où son épaule se disloquait lorsqu’il était au jeu. Il a remporté une deuxième médaille d’or au Défi mondial de hockey sur luge de 2011 à London en Ontario, mais ce fut le dernier match de hockey luge auquel il participa pour plus d’une année.

« J’ai reçu des traitements de physiothérapie cet été-là et me suis présenté aux essais, mais mon épaule était vraiment mal fichue. Je ne pouvais plus faire quoi que ce soit à ce moment-là; c’est là qu’on m’a dit que je faisais maintenant partie de la liste des joueurs blessés jusqu’à ce que je sois vraiment rétabli. J’ai rencontré un chirurgien, grâce à un ami de la famille, qui m’a fait passer de nombreux examens en tomodensitométrie et en résonnance magnétique et qui a découvert que je souffrais d’une déchirure au labrum et de plusieurs tissus osseux et que mon épaule était assez désintégrée. »

Arsenault s’est inscrit sur une liste d’attente pour une intervention chirurgicale et est finalement passé sous le bistouri la veille de Noël 2011.

« Les médecins m’ont dit après coup que c’était probablement la pire épaule qu’ils avaient eu l’occasion de voir, et qu’ils ne voulaient plus jamais avoir à traiter un autre joueur de hockey sur luge! »

Ses six mois de convalescence signifiaient qu’il n’avait aucune chance de retourner au Championnat mondial de hockey sur luge 2012 du CIP et qu’il devait affronter l’hiver rigoureux d’Edmonton avec comme seule perspective ses traitements en physiothérapie.

« J’étais dévasté et je souffrais beaucoup. Je suis allé dîner avec ami, et c’est là que j’ai craqué. J’avais travaillé si fort pour réussir, et là, me faire enlever ça une fois arrivé au but… j’ai trouvé ça dur. »

Les mois de physiothérapie, qui selon Arsenault, « ont été les épreuves les plus souffrantes que j’ai eu à vivre, » l’ont ramené à nouveau vers Équipe Canada pour la saison 2012-2013, culminant avec la médaille d’or remportée au Championnat mondial de hockey sur luge 2103 du CIP, son premier événement international majeur, et le voici maintenant à Sotchi à ses premiers Jeux paralympiques.

Le parcours du retour, du décès de sa mère à sa blessure à l’épaule, n’a pas été facile pour Arsenault, mais ça l’a rendu plus conscient de l’unique occasion qui lui était offerte : de jouer au hockey pour Équipe Canada.

« Je deviens émotif en raison de tout le travail que j’ai dû fournir pour revenir de tout çà; ça va plus loin que de seulement représenter mon pays, c’est ma famille, mes amis, les gens que j’ai côtoyés qui ne sont plus là. C’est tout un honneur d’être là et je me sers de cet honneur comme carburant, car chaque fois que je saute sur la glace je veux faire mieux que la fois précédente, et je ne veux plus jamais abandonner ce que je fais maintenant. »

Donc, est-ce que l’atteinte de son objectif (et celui de sa mère) de jouer aux Jeux paralympiques d’hiver signifie qu’Arsenault est satisfait de sa carrière de joueur de hockey luge?

Pas du tout. Sa carrière est encore en ascension, et il ne sera pas seul à bord.

« Je fais encore appel au souvenir de ma mère comme motivation dans tout ce que je fais. Je sens encore qu’elle m’observe. Je regarde derrière, et je constate que j’ai fait ce qu’il y avait à faire pour vivre mon deuil. Chacun réagit à la mort à sa façon, dans mon cas ça a été un élément de motivation, et c’est fou à quel point ça peut m’élever. Lorsque l’on trouve quelque chose qui nous pousse, il n’y a plus de limites. »


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Francis Dupont
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