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Des Moments Hors Glace En Or; Pour Une Gardienne de But
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22 février 2011
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EDMONTON – Regardez ces yeux. Shannon Szabados ne peut les garder vers la glace ou même devant elle.

Ses yeux bougent et balayent en direction du plafond, où est suspendu le cadran du tableau indicateur dans lequel les secondes s’écoulent silencieusement au milieu d’un bruit assourdissant d’une foule en délire et d’une marée de drapeaux canadiens.

Un an après avoir mené la formation féminine du Canada à une médaille d’or aux Jeux olympiques de Vancouver, Szabados affirme qu’elle regarde souvent le cadran. Mais avec son équipe en avant 2-0, elle se dit : « C’est beau, attends qu’il reste cinq minutes. »

Et le tableau indique quatre minutes. Trois…

« C’est drôle toutes les choses qui peuvent vous passer par la tête », lance Szabados.

Tic. Tac.

« Lorsqu’il reste cinq minutes, mes yeux se tournent souvent vers le temps. Je le fais souvent de toute façon. Mais lorsqu’il n’y a que cinq minutes à faire, je me dis : "Nous allons y arriver". »

Et ensuite, alors que ses yeux sont aussi gros que les rondelles qu’elle a arrêtées, avec moins d’une douzaine de secondes à jouer, le but des Américaines étant désert, Hayley Wickenheiser, la joueuse d’expérience du Canada, tourne le dos au jeu et commence à célébrer, se rendant directement vers Szabados.

Sauf que…

« J’ai regardé autour et une des Américaines franchissait la ligne bleue. J’ai tenté de revenir à ma position et de l’arrêter. Mais Wick a sauté sur moi », se rappelle Szabados, comme si c’était arrivé il y a une minute et non un an.

Heureusement, le tir n’a pas atteint la cible, ce qui a permis à Szabados de conserver son blanchissage et au Canada de gagner l’or en finale, 2-0, dans un match regardé par des millions de personnes à travers la planète.

Instantanément, Szabados s’est retrouvée en dessous d’une masse grandissante de joueuses d’Équipe Canada en liesse.

La gardienne d’Edmonton de 23 ans a bloqué les 28 lancers reçus. Il s’agit de l’une des plus brillantes performances d’une cerbère dans l’histoire du hockey féminin.

Elle a tenu le fort durant deux avantages numériques de deux joueuses des Américaines pour gagner la médaille d’or. Une fois à 18:48 du deuxième vingt, où elle a fait l’un des plus beaux arrêts réalisés en hockey international, alors qu’elle a filé à toute allure et placé sa mitaine derrière elle, empêchant ce qui semblait être un but assuré.

Tout cela de la part d’une jeune gardienne qui ne savait même pas qu’elle jouerait dans le tournoi. Seule, elle a affronté le défi du match de la médaille d’or, que les gardiennes d’expérience Kim St-Pierre et Charline Labonté étaient prêtes à relever.

Lorsqu’on demande à Szabados de se remémorer les moments les plus importants de son aventure olympique, ni ces dernières secondes, ni ses 28 arrêts ne sont mentionnés.

Non, le moment qui a le plus marqué Szabados est celui où elle a simplement marché vers sa chambre au village des athlètes.

« Vous pouviez remarquer que c’était bien l’édifice des Canadiens parce qu’il y avait deux buts de hockey dans le hall d’entrée. Mais un jour je suis revenue de la boutique du village où j’étais allée acheter des souvenirs et les buts avaient disparu. »

« Je me demandais où ils étaient passés. Pourquoi n’étaient-ils plus là? »

Szabados est entrée dans l’ascenseur et a appuyé sur le bouton du neuvième étage.

À deux étages du neuvième, Szabados a compris pourquoi en entendant les sons.

« Les portes se sont ouvertes et les buts étaient sur le plancher. Il y avait un match de mini-hockey entre le club de curling de Kevin Martin et nos filles. »

« Ils venaient juste de commencer la partie et m’ont dit qu’ils avaient besoin d’une autre joueuse. J’ai donc accepté leur invitation. »

C’était supposé être un petit match amical. Mais rassemblez des athlètes et le niveau de compétition augmente. « John Morris m’a donné un coup de bâton au doigt et je me suis mise à saigner », a-t-elle dit du troisième joueur de Martin.

« Ben Hebert a donné un coup de coude à Meaghan Mikkelson, ce qui l’a fait saigner du nez », raconte-t-elle à propos du premier joueur de Martin et de sa coéquipière.

Du plaisir et des jeux, de style olympique.

Et à quelle position jouait Szabados?

« Attaquante », dit-elle. « Je ne suis jamais gardienne, sauf au hockey sur glace. Je déteste être devant le filet dans d’autres circonstances. Je veux marquer. »

« Je n’aime pas garder les buts au hockey balle. En fait, je suis mauvaise, parce que ce n’est pas les mêmes mouvements. Je n’aime pas être la gardienne au soccer parce que j’ai peur du ballon. »

Mais Szabados, la gardienne partante des Griffins de l’Université Grant MacEwan, dit que ce n’est pas inhabituel.

« Vous mettez n’importe quel gardien dans une situation où il n’est pas obligé de garder les buts et il ne voudra pas le faire. Vous n’avez qu’à regarder comment ça se passe dans les ligues de garage masculines. Les gardiens ne sont jamais devant le filet. Ils veulent jouer à l’avant. Je suis comme ça aussi. »

Jouer au mini-hockey, rencontrer d’autres athlètes, « n’être qu’une spectatrice ». Ce sont les vrais faits saillants de ses Jeux.

« Je me suis promenée avec Sidney Crosby. J’ai vu la finale du curling masculin, le finale du hockey masculin. Ce sont mes meilleurs souvenirs. »

Être seulement Shannon Szabados, la personne, et non Shannon Szabados la gardienne étoile. Comme elle a toujours voulu être lorsqu’elle jouait à Grant MacEwan ou dans la Ligue de hockey junior de l’Alberta. Pas la gardienne « féminine », comme tout le monde l’appelait, mais seulement une gardienne. Seulement une joueuse de hockey. Seulement un être humain, quoique très spécial.

Jusqu’aux Olympiques, ce n’est jamais arrivé.

Lorsqu’elle est devenue la première femme à jouer un match de la Ligue de hockey de l’Ouest, avec les Americans de Tri-City, Bob Tory, directeur général de l’équipe, a dû se défendre contre des accusations voulant qu’il ne faisait que vouloir attirer l’attention sur son club.

Lors d’un match de l’AJHL à Drayton Valley en 2007, alors qu’elle dominait la ligue avec une moyenne de buts alloués de 2,13, un idiot y est allé de commentaires impolis dans cet aréna frisquet. Même lorsqu’elle avait 15 ans, étant la première femme à jouer au tournoi de hockey midget AAA avec les Mac’s de Calgary, elle affrontait surtout des hockeyeurs de 16 et 17 ans. Szabados a réalisé 34 arrêts en un match. Le lendemain, on pouvait lire : « La gardienne à la longue queue de cheval ». 

À Vancouver, se souvient-elle, « le 12e étage, le plus haut de la bâtisse, était le salon des athlètes. Il y avait un grand écran de télévision et plusieurs trucs à manger, comme des céréales, du maïs soufflé et des barres de céréales. Il y avait une grande table de ping-pong et des sièges à poire. On pouvait aussi naviguer sur Internet. C’était toujours plein de monde. »

« Nous étions toujours là à regarder les courses ou compétitions des autres. »

Ce n’est que le soir avant le match de la médaille d’or que Szabados a su qu’elle serait la gardienne partante.

St-Pierre avait remporté 24 parties pour Équipe Canada aux championnats mondiaux et aux Olympiques. Labonté avait été désignée pour entamer la partie de la médaille d’or, à la place de St-Pierre, lors des Jeux de 2006 à Turin. Szabados était de loin la plus jeune.

Donc rien n’était coulé dans le béton.

« Nous avons joué 55 matchs avant les Olympiques et nous avions gardé les buts lors du tiers de ces parties chacune », explique Szabados, qui n’avait pas joué durant la première rencontre du tournoi olympique. « Je m’en doutais un peu, mais Mel (Davidson, entraîneure-chef) n’aime pas trop dévoiler ses plans. »

Lorsque Szabados a eu la confirmation, elle est retournée à sa chambre, où ses quatre co-chambreuses l’attendaient.

« Elles étaient toutes excitées et les autres filles ont commencé à arriver. J’essayais de rester calme, mais… »

Szabados témoigne qu’elle a mal dormi.

« Je me sentais comme la veille du matin de Noël. J’avais si hâte de me lever. »

Après la rencontre, au cours de laquelle Marie-Philip Poulin, 18 ans, a inscrit les deux buts, est survenu un autre moment spécial : la remise des médailles, l’interprétation de l’hymne national, la réalisation que nous avions vraiment réussi. Tout ce travail acharné durant cette année a fini par porter fruit.

« De se tenir là, debout, avec tes coéquipières, regardant le drapeau canadien s’élever. C’était un moment de grande fierté. »

Depuis les Jeux, la vie a plutôt repris son cours normal pour Szabados, qui a mené le Canada à un gain de 3-2 en prolongation face aux Américaines, à la Coupe des 4 nations, en novembre.

« Oui et non », précise-t-elle. « Je fais également quelques apparitions publiques, notamment dans les écoles. Je leur dis que chaque joueuse de l’équipe nationale a soit fréquenté le collège ou l’université. »

« J’ai remis un trophée au Canadian Country Music Awards. L’autre soir, j’ai parlé lors d’un souper de gala international pour des gestionnaires du domaine de la finance. Je leur ai partagé mon expérience olympique et ce que j’ai dû surmonter comme épreuves. »

Szabados a aussi reçu un courriel d’une mère dont les filles jouent au hockey avec des garçons.

« J’ai pu partager des conseils et mes expériences. »

« Mais il y a une chose que Szabados ne peut commenter et il semble que c’est un sujet que plusieurs veulent aborder : les cigares et les bières sur la patinoire après la partie qui ont plutôt attiré des critiques. »

Szabados ne peut en parler parce qu’elle n’était pas là. « Aussitôt que j’ai quitté la glace, une dame m’a prise par le bras et m’a dit que je devais la suivre pour un test de dépistage des drogues. Le tout a duré environ une heure. Tandis que les autres filles étaient dans le vestiaire et de retour sur la glace avec les cigares que le père d’une joueuse avait emportés, je descendais une rampe avec mes protège-lames et tout mon équipement, pour attendre dans la zone des tests de dépistage des drogues. »

« Je n’ai jamais eu de cigare, ni de bière. »

C’était aussi quatre heures avant que Szabados ne puisse célébrer avec sa mère, son père, son fiancé, sa meilleure amie, le fiancé de sa meilleure amie, sa grand-mère et son grand-père.

« Une heure pour les tests, ensuite je devais me rendre à CTV pour des entrevues et ensuite à la maison du hockey. »

Contrairement aux cinq dernières minutes du match de la médaille d’or, contrairement à l’année qui vient de passer, ces moments ne passent pas aussi rapidement.

Mais les journées sont encore chargées. Szabados termine présentement sa troisième année d’un programme combiné en enseignement et en éducation physique, à MacEwan.

« Je suis de retour à l’école, de retour au hockey. J’essaie de gagner un peu d’argent. Je vais à l’école de 9 h à 15 h et ensuite je suis à l’aréna de 16 h 30 à 20 h. Le temps que je me rende à la maison, il est environ 21 h et je dois faire mes devoirs. Et je répète la même routine le lendemain et les jours à venir. »

Avec trois ans à faire avant les prochains Jeux olympiques, Szabados regardera désormais son calendrier et non les secondes qui s’écoulent au cadran.


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